excentrée


Quelle Histoire ? Vous pouvez ranger vos cerveaux au placard
septembre 8, 2007, 11:25
Classé dans : Non, rien

Depuis que Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir, je me suis abstenue d’écrire à son propos. Je m’efforce juste d’ouvrir grand mes yeux et mes oreilles, et d’observer ce qu’il se passe. J’ai commencé en écoutant très attentivement son discours au soir de sa victoire, cherchant les signes précurseurs du quinquennat dans lequel la France entrait alors.

Je me souviens, n’ayant pas voté pour lui, avoir reconnu qu’il semblait repositionner la France comme un Etat puissant sur l’échiquier mondial. Je me souviens avoir eu un accès de peur panique, vivant au-dessus d’une antenne du Trésor Public, en voyant les CRS positionnés en bas de chez moi dès les résultats proclamés : cette précaution prise un soir d’élection revêtait soudain toute la symbolique de l’état policier que je craignais, et crains toujours.

Je me souviens surtout avoir râlé quand Sarkozy a dit que le temps de la repentance était fini. Que voulait-il donc dire par-là ? Qu’après avoir reconnu ses fautes, la France devait à nouveau aller de l’avant ? Ou, plutôt, qu’après en avoir reconnu quelques-unes, dont certaines du bout des lèvres, “elle” était priée de s’abstenir d’évoquer toutes les autres ?
A vrai dire, on peut déjà dire que la réponse est la seconde. Le procès que Sarkozy a provoqué quand il était Ministre de l’Intérieur, à l’encontre du groupe de rap La Rumeur, tentait de présenter leurs paroles comme diffamatoires : ce qui est grave, c’est qu’ils n’ont fait que rappeler les crimes dont la France s’était rendue coupable en Algérie, dans cette période que l’on n’a toujours pas le droit d’appeler officiellement “guerre”, ainsi que ceux que la police française avait commise en balançant des manifestants maghrébins dans la Seine, ou en battant d’autres à mort. Le procès a toujours lieu, d’appels en appels.

C’est à la liberté d’expression que Sarkozy fait un procès. Mais c’est aussi non pas au devoir, mais au simple droit de mémoire. On en parle très peu et ça me laisse dubitative : Monsieur le Président tente d’interdire à des citoyens le droit de dire tout haut les noms de ceux que la France a mis plus bas que terre, ces faits étant indubitables, prouvés et reconnus par l’histoire.
Mais notre Président fait ce qu’il veut, et ses administrés doivent dire ce qui l’agrée.

A vrai dire, Sarkozy fait sienne la politique de l’autruche.
Il n’y avait qu’à l’entendre relayer les minables excuses que sa femme a données pour ne pas assister à des rencontres officielles (G8, déjeuner chez les Bush) pour constater qu’il les cautionnait.
Il n’y a qu’à l’entendre dire qu’elle n’ira pas s’expliquer devant la commission d’enquête parlementaire qui doit faire la lumière sur les conditions de la libération des infirmières et du médecin bulgares pour savoir qu’il l’encourage à cela.
Il n’y a qu’à lire l’imposture que Yasmina Reza a été par lui autorisée à écrire, après des mois passés (manipulés ?) dans son intimité, pour savoir que c’est lui qui tend ainsi, s’offrant un ‘nègre’ gratis, à faire sa propre autofiction.
Il n’y a enfin qu’à l’écouter décréter que la lettre que Guy Moquet a envoyé à sa famille avant de mourir devra être lue dans toutes les classes à la rentrée pour savoir que la seule vision qu’il souhaite que l’on ait des choses soit celle de l’émotion, ce qui face à l’histoire, relève de la courte vue.

Le secret d’alcôve, le ‘droit à la vie privée’ revendiqué jusque dans les Affaires Etrangères, la biographie romancée, le misérabilisme : ce sont là les seuls devoirs de mémoire qu’il entend (faire) respecter, faisant fi de la repentance comme il dit, faisant se vautrer les citoyens dans la complaisance émotionnelle pour que surtout ils ne pensent pas à aiguiser leur esprit critique et moral quant à l’Histoire.

L’histoire de la France de 2007 à 2012 (et peut-être même au-delà) sera celle qu’un seul homme, ivre de pouvoir, aura décidé de conter. Vous pouvez ranger vos cerveaux au placard.
Ou pas.