Classé dans : Non, rien
l.m. : “j’ai décidé de laisser le doute s’installer dans ma vie”
l.o. : “d’accord. tu veux de l’eau ?”
l.m. : “peut-être…”
l.m. : “j’ai décidé de laisser le doute s’installer dans ma vie”
l.o. : “d’accord. tu veux de l’eau ?”
l.m. : “peut-être…”
l.o. : “haaaaa, la vie c’est bien, des fois”
e.c. : “oui, la vie c’est souvent bien, même. enfin, j’veux dire, pour ceux qui habitent pas au darfour”
Il y a ce quartier que je connais bien, que je foule tantôt du pied, tantôt des roues depuis des années, il y a ce quartier qui contient mes lieux musicaux préférés, Divan du Monde, Cigale, Elysée-Montmartre, Boule Noire, et caetera, il y a ce quartier où les dîners sont toujours épicés, où pas une minute ne se passe sans qu’un saugrenu ne prenne place, sans qu’un imprévu ne survienne, au nord de l’avenue Trudaine, au sud de la rue des Abbesses, à l’est de la place Clichy, à l’ouest de la fourmilière Barbès.Il y a ce Pigalle en néons avec ces nocturnes papillons qui s’aglutinent à toutes les sueurs, les bars à putes comme autant de papiers tue-mouches, les boutiques de souvenirs comme autant d’attrape-couillons, les Tour Eiffel en plastique, les godemichés en latex, les tee-shirt marqués Sorbonne, les cars en double-file et tant de queues en berne, les sourires figés au botox et les fards bleu turquoise qui débordent, la vulgarité bien rangée dans les soufflets des portefeuilles, les bas résille mauvais marché qui filent avec les dernières illusions, les clodos en guenilles qui quadrillent leur prison à longueur de journée, la pauvreté froissée au fond des poches, les junkies qui errent entre deux shoots, et les bobos qui font leurs courses au marché bio, les zikos qui dépensent leurs pièces jaunes pour la dernière pédale d’effet… et tout le secondaire.
Ici on vous ferait croire au paradis quand ce n’est pas à l’enfer.
J’aime Pigalle avec ses excès, sa beauté, son désespoir, sa crasse et ses dangers, ses instants de grâce, aussi. J’aime Pigalle parce qu’ici c’est le purgatoire, parce qu’on y voit l’humanité dans sa réalité.
Ici c’est le lieu des bannis, alors j’aimerais que l’on cesse de s’étonner que la banlieue s’y sente chez elle.
Et si ça pète à Pigalle, comme on dit, si les bandes rivales s’y affrontent, si la police joue l’apaisement depuis les “événements”, comme ils disent, du mois d’août, parce que cette merde est indécrottable, même au kärcher : est-ce que ça ne voudrait pas simplement dire que c’est à deux doigts de péter partout ?
Depuis que Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir, je me suis abstenue d’écrire à son propos. Je m’efforce juste d’ouvrir grand mes yeux et mes oreilles, et d’observer ce qu’il se passe. J’ai commencé en écoutant très attentivement son discours au soir de sa victoire, cherchant les signes précurseurs du quinquennat dans lequel la France entrait alors.
Je me souviens, n’ayant pas voté pour lui, avoir reconnu qu’il semblait repositionner la France comme un Etat puissant sur l’échiquier mondial. Je me souviens avoir eu un accès de peur panique, vivant au-dessus d’une antenne du Trésor Public, en voyant les CRS positionnés en bas de chez moi dès les résultats proclamés : cette précaution prise un soir d’élection revêtait soudain toute la symbolique de l’état policier que je craignais, et crains toujours.
Je me souviens surtout avoir râlé quand Sarkozy a dit que le temps de la repentance était fini. Que voulait-il donc dire par-là ? Qu’après avoir reconnu ses fautes, la France devait à nouveau aller de l’avant ? Ou, plutôt, qu’après en avoir reconnu quelques-unes, dont certaines du bout des lèvres, “elle” était priée de s’abstenir d’évoquer toutes les autres ?
A vrai dire, on peut déjà dire que la réponse est la seconde. Le procès que Sarkozy a provoqué quand il était Ministre de l’Intérieur, à l’encontre du groupe de rap La Rumeur, tentait de présenter leurs paroles comme diffamatoires : ce qui est grave, c’est qu’ils n’ont fait que rappeler les crimes dont la France s’était rendue coupable en Algérie, dans cette période que l’on n’a toujours pas le droit d’appeler officiellement “guerre”, ainsi que ceux que la police française avait commise en balançant des manifestants maghrébins dans la Seine, ou en battant d’autres à mort. Le procès a toujours lieu, d’appels en appels.
C’est à la liberté d’expression que Sarkozy fait un procès. Mais c’est aussi non pas au devoir, mais au simple droit de mémoire. On en parle très peu et ça me laisse dubitative : Monsieur le Président tente d’interdire à des citoyens le droit de dire tout haut les noms de ceux que la France a mis plus bas que terre, ces faits étant indubitables, prouvés et reconnus par l’histoire.
Mais notre Président fait ce qu’il veut, et ses administrés doivent dire ce qui l’agrée.
A vrai dire, Sarkozy fait sienne la politique de l’autruche.
Il n’y avait qu’à l’entendre relayer les minables excuses que sa femme a données pour ne pas assister à des rencontres officielles (G8, déjeuner chez les Bush) pour constater qu’il les cautionnait.
Il n’y a qu’à l’entendre dire qu’elle n’ira pas s’expliquer devant la commission d’enquête parlementaire qui doit faire la lumière sur les conditions de la libération des infirmières et du médecin bulgares pour savoir qu’il l’encourage à cela.
Il n’y a qu’à lire l’imposture que Yasmina Reza a été par lui autorisée à écrire, après des mois passés (manipulés ?) dans son intimité, pour savoir que c’est lui qui tend ainsi, s’offrant un ‘nègre’ gratis, à faire sa propre autofiction.
Il n’y a enfin qu’à l’écouter décréter que la lettre que Guy Moquet a envoyé à sa famille avant de mourir devra être lue dans toutes les classes à la rentrée pour savoir que la seule vision qu’il souhaite que l’on ait des choses soit celle de l’émotion, ce qui face à l’histoire, relève de la courte vue.
Le secret d’alcôve, le ‘droit à la vie privée’ revendiqué jusque dans les Affaires Etrangères, la biographie romancée, le misérabilisme : ce sont là les seuls devoirs de mémoire qu’il entend (faire) respecter, faisant fi de la repentance comme il dit, faisant se vautrer les citoyens dans la complaisance émotionnelle pour que surtout ils ne pensent pas à aiguiser leur esprit critique et moral quant à l’Histoire.
L’histoire de la France de 2007 à 2012 (et peut-être même au-delà) sera celle qu’un seul homme, ivre de pouvoir, aura décidé de conter. Vous pouvez ranger vos cerveaux au placard.
Ou pas.
Une brève radiophonique entendue ce matin m’informait que l’on fait désormais des injections de Botox au niveau du point G pour amplifier l’orgasme féminin.
Alors que des milliers de femmes sont encore excisées de nos jours, que des millions de femmes n’ont jamais connu et ne connaîtront jamais l’orgasme, que le plaisir féminin n’est pas même considéré comme important par la majorité des êtres humains dans le monde, certaines vont se faire injecter du Botox pour jouir plus fort.
En soi, ceci pourrait se défendre : après tout, on peut comprendre qu’une telle sensation, que dis-je, phénoménale expérience, procure le désir de l’amplifier encore. La gourmandise est rarement raisonnable.
Le petit souci, c’est que cette “avancée scientifique” (ou “opération esthétique” ?) qui pourrait sembler anodine, simplement faire sourire, n’est pas si inconséquente qu’il n’y paraît…
Je repense aux mots entendus récemment lors d’une Théma d’Arte sur “Mahomet et les femmes” : j’y apprenais alors que Mahomet avait établi dans le Coran que la jouissance féminine était un droit.
Nul besoin de revenir en détails sur la Révolution Sexuelle de nos années 60-70, ni sur l’art du Kama-Sutra, on sait bien qu’il a toujours été des régions et des moments du monde où l’on a érigé la jouissance sexuelle au rang d’art accessible à tout un chacun.
Là où l’on a souvent présenté la sexualité, sous quelque forme respectueuse d’autrui qu’elle s’exprimât, comme un droit, l’on présente de plus en plus, et la vogue du porno-chic y est pour quelque chose, l’orgasme comme un devoir. Et c’est là que le vît blesse.
Prendre du Viagra pour lutter contre l’impuissance est une chose, en prendre pour démultiplier son plaisir pourtant naturellement présent en est une autre.
Se faire injecter du Botox au niveau du point G (et pourquoi pas au niveau du clitoris, ce qui arrivera sans doute) pour requinquer un organe défaillant serait une chose, mais l’on n’y a pensé que pour démultiplier un orgasme pré-séant.
A doper notre sexualité comme d’autres se dopent pour des pseudo-exploits sportifs, non seulement on encourage davantage notre tendance à l’insatisfaction permanente, mais en plus on tend à se détacher de notre corps, croyant paradoxalement ce-faisant s’en rapprocher.
L’être humain devient une machine qui actionne ses propres boutons dans de déjà nombreux domaines, agir de même dans la plus animale de nos parts, la sexualité, c’est renier une fois de trop ce qui définit notre condition : l’aléatoire.
Notre prétention nous perdra.
au JT de France2, entendu un truc hallucinogène pour ouvrir un sujet sur l’intervention donnée depuis son lieu de “vacances”, de notre cher petit républicain à nous qu’on a élu, si, si : “Après CINQ jours d’ABSENCE médiatique”.
l.o. :“tu vois busty arriver en bikini sur la plage, tu lui montres le panneau ‘dépôts de déchêts interdits’”
t.c. : “y’a des émeux en Hollande”
l.o. : “et y’a des émeutes en Hongrie”
Drôle d’ambiance que celle du premier soir où tu es seule chez toi, mais sans guetter le bruit des clefs devant ta porte : l’impression de retrouver une vieille amie que je n’ai pas vue depuis quatre mois, ma solitude.
Comme une paix.
Il faut croire que je suis incapable d’être bien avec l’Autre, si je n’ai pas ces heures-là, cet espace-là. Incapable de désirer sans manquer, incapable d’interagir sans m’abstraire, incapable d’échanger sans me taire.
Etrange sensation que celle de n’en plus pouvoir de ceux sans qui je ne pourrais pourtant vivre : l’impression de saturer d’attentions, d’émotions, d’expression, de communication, si je suis sans cesse au monde.
Comme une guerre des nerfs.
Humaine ambivalence, hein.
Sans chaos, pas de création, qu’il disait.
elixie, -ju & myself expérimentons le concept de l’insularité (ainsi que ceux du coup de soleil, du vin corse, du festival calvi on the rocks et de la flemme suprême)… à bientôt !
Albert Dupontel, jouant ‘Le Président’ : “L’émotion, ça m’épuise”.
S’ensuit toute une réflexion intérieure sur le pouvoir, sa corruption intrinsèque, la nécessité de la froideur voire de l’inhumanité pour exercer ce même pouvoir (indispensable sacrifice ? dispensable artifice ?), mais ma réflexion est encore bien trop en chantier : je pense aux rois de Shakespeare, je pense même à l’impunité flamboyante et immorale de Dr House, je pense au désespoir du Misanthrope de Molière, je pense au documentaire vu hier sur Paris Hilton (état de ma réflexion : elle est aux jeunes Etats-Unis, dont la monarchie symbolique est le monde des magnats des affaires, ce qu’était Lady Di à notre vieille Europe), je pourrais penser à des tas d’autres choses bien sûr, mais la réflexion vient de ce que j’ai vu et lu ces derniers temps.
En bref, tout se mélange, tout est encore en chantier quant au pouvoir et quelle pensée définitive (ou presque) je vais bien pouvoir en tirer, le pouvoir, cette attraction du désastre, et je sens que le numéro de Marianne dont la couv’ me fait de l’oeil avec son parallèle entre Sarkozy et le bonapartisme est susceptible de m’aider à démêler les fils.
Dans un même temps, savoir que je serai en Corse dans deux jours m’empêche un peu de me concentrer sur des choses autres que futiles.
Sur ce, bien l’bonsoir.
Comme sonnée après un marathon : cinq semaines sans un week-end, et surtout, une semaine accompagnée à plein temps, degré zéro de la solitude, degré légèrement excessif d’euphorisants en tous genres à tous soirs, sonnée comme après un marathon, la sensation de la bonne fatigue nerveuse mais sale fatigue physique, on s’en fout, c’est si bon d’être ivre de rires.
Qu’on me donne une seule heure en tête-à-tête avec moi-même et voilà que tout ce qui a été ingéré -lectures, écoutes, observations, moments fugaces et points sur les i, points loin d’être éphémères- se présente à l’accueil du département ruminant de mon cerveau.
Toutes les raisons du monde d’être épanouie et heureuse et pourtant, toujours la même petite maline que je débusque au détour d’une idée, ou que je finis par déceler, planquée au fond dans l’ombre : la mélancolie est ma passagère clandestine attitrée.
Ce doit être le piano d’Emily.
Alors comme ça fumer ouvre les portes de la perception : ce truc te fait donc considérer les choses telles qu’elles sont et non pas telles qu’elles t’arrangent. Être la maîtresse de l’être aimé, être la maîtresse pour être l’aimée, celle qui sait et celle qui tait, la soi-disant mieux placée, du moins pour la lucidité… Je suis championne de ça comme n’importe quelle autre banale victime du complexe d’Oedipe, j’avais si honte de ma mère, et mon père aimait tant ses maîtresses.
On va voir ce qu’on va voir, à essayer pour la première fois, consciemment, de ne pas me positionner ainsi vis-à-vis d’un homme que j’aime.
Pari à faire.
Du coup, repenser au conditionnement dont parle Despentes dans sa théorie du King-Kong, en raccourcissant l’idée : conditionnée pour préserver l’homme qui fait mal.
Testée la théorie de ce que le porno révèle de soi : une heure de film, neuf orgasmes, là n’est pas le plus significatif. Pics d’excitation systématiquement sur les scènes de double-pénétration. En conclure que…Tu te croyais dominatrice, tu ne serais finalement qu’une grande soumise…
N’est pas idiot.
Soit.
Le type qui m’a cherché des noises, jeu rhétorique un peu cinglant mais bon enfant, m’appelait “la môme”. Il devait savoir à quel point il a raison.
Plus je vieillis, plus je régresse, ma crise d’adolescence aura donc attendu mes trente ans pour se faire.
Dans le même temps, jamais sentie aussi lucide et réaliste sur qui je suis et où je merde.
Ma mélancolie est ma passagère clandestine attitrée, et la galère dans laquelle je la trimballe porte le doux nom d’Anachronisme.
L.M. : “Tu m’encourages ?”
L.O. : “Non, j’vais t’bouffer !”
vu un film qui a rassemblé tout ce que j’aime dans le cinéma
photo et plans aussi marquants que ceux de “Collatéral”,
propos aussi déstabilisant, juste et intelligemment mené que dans “Dogville”
bande-son aussi poignante que celle de “Paris, Texas”
il faut voir, si comme moi vous étiez passé à côté, “Babel”, de Alejandro González Iñárritu
la claque. le cinéma tel que je l’espère.