du poids des mots…
le savoir pèse lourd.
(l’atavisme encore plus.)
en faisant mes cartons, je me rends compte qu’il y a des tonnes de bouquins que je laisse de côté, m’apprêtant à les poser dans le local à recyclage…
lors de mon précédent déménagement, je ne m’étais résolue qu’à jeter les magazines : ceux que j’archivais amoureusement (rock& folk ou inrocks), ou conservais fièrement (ceux dans lesquels j’avais été publiée). mais je n’avais été capable de jeter aucun livre. même pas les mary higgins clark merdiques que ma mère lisait chaque été. même pas les “que sais-je” datant de l’époque où mon père se posait encore la question. même pas les traités d’anarchie, les essais d’écologie, les “introduction à l’analyse stylistique” et autres “la civilisation américaine au prisme de sa littérature” remontant à mes années fac. encore moins ma collection de la bibliothèque verte.
ce soir je bazarde tout.
je ne garde que les livres que je n’ai jamais réussi à donner aux amis, les bouquins que j’ai besoin d’avoir sous la main, quitte à ne les rouvrir qu’une fois par décade : peu en somme, tout au plus cinq cartons.
mais surtout, je garde mes livres d’enfant qui ont tant bien que mal traversé l’épreuve du temps. j’aimerais les lire au bidule qui me squatte le bide plus tard. ou qu’il/elle les lise lui/elle-même.
ça y est, t’es pas encore né(e) que je suis déjà une empêcheuse de lire ce que tu veux.
pauvre de toi.
La sexualité est un droit, l’orgasme devient un devoir
Une brève radiophonique entendue ce matin m’informait que l’on fait désormais des injections de Botox au niveau du point G pour amplifier l’orgasme féminin.
Alors que des milliers de femmes sont encore excisées de nos jours, que des millions de femmes n’ont jamais connu et ne connaîtront jamais l’orgasme, que le plaisir féminin n’est pas même considéré comme important par la majorité des êtres humains dans le monde, certaines vont se faire injecter du Botox pour jouir plus fort.
En soi, ceci pourrait se défendre : après tout, on peut comprendre qu’une telle sensation, que dis-je, phénoménale expérience, procure le désir de l’amplifier encore. La gourmandise est rarement raisonnable.
Le petit souci, c’est que cette “avancée scientifique” (ou “opération esthétique” ?) qui pourrait sembler anodine, simplement faire sourire, n’est pas si inconséquente qu’il n’y paraît…
Je repense aux mots entendus récemment lors d’une Théma d’Arte sur “Mahomet et les femmes” : j’y apprenais alors que Mahomet avait établi dans le Coran que la jouissance féminine était un droit.
Nul besoin de revenir en détails sur la Révolution Sexuelle de nos années 60-70, ni sur l’art du Kama-Sutra, on sait bien qu’il a toujours été des régions et des moments du monde où l’on a érigé la jouissance sexuelle au rang d’art accessible à tout un chacun.
Là où l’on a souvent présenté la sexualité, sous quelque forme respectueuse d’autrui qu’elle s’exprimât, comme un droit, l’on présente de plus en plus, et la vogue du porno-chic y est pour quelque chose, l’orgasme comme un devoir. Et c’est là que le vît blesse.
Prendre du Viagra pour lutter contre l’impuissance est une chose, en prendre pour démultiplier son plaisir pourtant naturellement présent en est une autre.
Se faire injecter du Botox au niveau du point G (et pourquoi pas au niveau du clitoris, ce qui arrivera sans doute) pour requinquer un organe défaillant serait une chose, mais l’on n’y a pensé que pour démultiplier un orgasme pré-séant.
A doper notre sexualité comme d’autres se dopent pour des pseudo-exploits sportifs, non seulement on encourage davantage notre tendance à l’insatisfaction permanente, mais en plus on tend à se détacher de notre corps, croyant paradoxalement ce-faisant s’en rapprocher.
L’être humain devient une machine qui actionne ses propres boutons dans de déjà nombreux domaines, agir de même dans la plus animale de nos parts, la sexualité, c’est renier une fois de trop ce qui définit notre condition : l’aléatoire.
Notre prétention nous perdra.
Le Q.I. à l’air
Forte des enseignements récemment acquis entre deux volutes et trois fous-rires plus-tue-l’amour, c’est-tue-la-mort, j’ai décidé de poursuivre mon expérience in situ ci-après dénommée crise-d’ado-à-retardement.
C’est donc entraînée à la débauche des plus juvénihilistes de certains de mes compères, qui se reconnaîtront même si dieu n’en ferait pas autant, que je me suis retrouvée l’autre soir, lors d’une soirée parisienne absolument déraisonnable, vêtue seulement de ma culotte, à danser avec une amie dans le même état que moi, au beau milieu d’une demie-douzaine de demies-molles.
Ce qui fut significatif ne fut pas tant notre capacité à nous dénuder (après tout, on ne va pas s’inventer des pudeurs là où il n’y en a pas) devant nos potes (qui en plus, avaient commencé), que la nature diverse des regards que ma co-péteuse-de-plombs et moi-même avons rencontrés. Et je ne parle pas là des concupiscences de testostéronés en pleine saison du rut.
Non.
Je parle des choqués, des horrifiés, des baissés, des fuyards, des tentés, des pétrifiés, des évitants, et je devrais rajouter un -e avant le s, puisqu’il s’agissait finalement plus des femmes en elles-mêmes que de leurs yeux.
J’en conclue donc à l’importance du contexte : ce qui est admis à la plage n’est pas même toléré dans un salon.
Elles avaient toutes le Q.I. à l’air, et pour qui cherchait où était passée la pudeur, ce n’est pas chez elles non plus qu’on aurait pu la trouver.
j’ai entendu ton message
Jusqu’à lors, j’avais lieu de me plaindre de mon voisin du dessus pour deux raisons : aux alentours de 18h, il écoute du zouk. Aux alentours de 2h du mat’, il écoute de la techno transe italienne. Maintenant, il écoute de l’accordéon.
J’ai compris.
Si Dieu existe, il me met à l’épreuve.
Je remercie mes parents, et Nathalie Rihouet, sans qui je ne serais rien.
Et surtout, je pense que ma voisine bénit chaque jour le réchauffement climatique. Avec le retour des beaux jours, elle a pris l’habitude de passer ses coups de fil depuis son balcon, qui se trouve à environ 7 mètres de mon appartement, à vol d’oiseau. Je note d’ailleurs qu’étonnamment, le son de la voix ne monte pas comme l’air chaud : elle a beau être au 4ème étage quand je ne suis qu’au premier, j’entends distinctement toutes les platitudes qu’elle a le don d’égréner comme on enfilerait les perles, si on s’appelait, disons, Jean Roucas.
Aujourd’hui comme hier et le jour d’avant, elle a passé dix minutes à prendre des nouvelles de la météo de son interlocuteur/trice (?), puis à prendre des nouvelles du temps qu’a eu Geneviève en Tunisie, et j’en passe, puis à préciser jour par jour quel a été le temps dans le quartier depuis deux semaines, puis à faire des prédictions liées aux prévisions météo de la 2, qui se trompe toujours un peu, moi j’te dis, j’pense qu’en fait ça va pas être la canicule aussi tard qu’on le dit, mais plutôt dans trois jours, j’ai du allumer mon ventilo tout à l’heure, la preuve.
Elle a ensuite raccroché sans avoir parlé de quoi que ce soit d’autre que ça.
Comme hier.
Comme avant-hier aussi.
Qu’est-ce qui fait qu’on ne parle que de ça ?
Est-ce parce que c’est le sujet idéal pour éviter tous les autres, rien de trop personnel, rien de trop engageant, rien qui puisse prêter à désaccord ou quiproquo, le temps étant ce qu’il est, indubitable et changeant, c’est sans doute l’un des seuls thèmes qu’on puisse traiter sans risque ?
Est-ce parce qu’elle n’a rien d’autre à dire ?
Est-ce parce que pour elle, et encore plus depuis qu’il n’y a plus de saison, il y a tout de même beaucoup plus de surprises dans le temps qu’il fait que dans le temps qui passe ?
Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que demain, s’ils n’ont pas dit de conneries chez Météo France, ma voisine va repasser un coup de fil depuis son balcon.