excentrée


du poids des mots…
juin 13, 2008, 10:18
Filed under: Tu Vas Tous Mourir

le savoir pèse lourd.
(l’atavisme encore plus.)

en faisant mes cartons, je me rends compte qu’il y a des tonnes de bouquins que je laisse de côté, m’apprêtant à les poser dans le local à recyclage…
lors de mon précédent déménagement, je ne m’étais résolue qu’à jeter les magazines : ceux que j’archivais amoureusement (rock& folk ou inrocks), ou conservais fièrement (ceux dans lesquels j’avais été publiée). mais je n’avais été capable de jeter aucun livre. même pas les mary higgins clark merdiques que ma mère lisait chaque été. même pas les « que sais-je » datant de l’époque où mon père se posait encore la question. même pas les traités d’anarchie, les essais d’écologie, les « introduction à l’analyse stylistique » et autres « la civilisation américaine au prisme de sa littérature » remontant à mes années fac. encore moins ma collection de la bibliothèque verte.
ce soir je bazarde tout.
je ne garde que les livres que je n’ai jamais réussi à donner aux amis, les bouquins que j’ai besoin d’avoir sous la main, quitte à ne les rouvrir qu’une fois par décade : peu en somme, tout au plus cinq cartons.
mais surtout, je garde mes livres d’enfant qui ont tant bien que mal traversé l’épreuve du temps. j’aimerais les lire au bidule qui me squatte le bide plus tard. ou qu’il/elle les lise lui/elle-même.
ça y est, t’es pas encore né(e) que je suis déjà une empêcheuse de lire ce que tu veux.
pauvre de toi.

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dixit #59
juin 13, 2008, 3:33
Filed under: Non, rien

l.m. : « j’ai décidé de laisser le doute s’installer dans ma vie »
l.o. : « d’accord. tu veux de l’eau ? »
l.m. : « peut-être… »



le comble du blog
juin 13, 2008, 3:18
Filed under: Sors de ce blog !

Est-ce que le comble du blog ne serait pas d’en avoir un qui raconte votre vie du moment sans que ce ne soit vous qui l’ayez écrit ?

A vous de voir, elixie fait (encore !) des siennes, à propos du « kyste » qui me squatte le bide… c’est par là : http://blokyste.elixie.org/



dixit #58
novembre 11, 2007, 4:35
Filed under: Non, rien

l.o. : « haaaaa, la vie c’est bien, des fois »
e.c. : « oui, la vie c’est souvent bien, même. enfin, j’veux dire, pour ceux qui habitent pas au darfour »



Ici c’est le lieu des bannis, alors j’aimerais que l’on cesse de s’étonner que la banlieue s’y sente chez elle.
septembre 13, 2007, 12:10
Filed under: Non, rien

Il y a ce quartier que je connais bien, que je foule tantôt du pied, tantôt des roues depuis des années, il y a ce quartier qui contient mes lieux musicaux préférés, Divan du Monde, Cigale, Elysée-Montmartre, Boule Noire, et caetera, il y a ce quartier où les dîners sont toujours épicés, où pas une minute ne se passe sans qu’un saugrenu ne prenne place, sans qu’un imprévu ne survienne, au nord de l’avenue Trudaine, au sud de la rue des Abbesses, à l’est de la place Clichy, à l’ouest de la fourmilière Barbès.Il y a ce Pigalle en néons avec ces nocturnes papillons qui s’aglutinent à toutes les sueurs, les bars à putes comme autant de papiers tue-mouches, les boutiques de souvenirs comme autant d’attrape-couillons, les Tour Eiffel en plastique, les godemichés en latex, les tee-shirt marqués Sorbonne, les cars en double-file et tant de queues en berne, les sourires figés au botox et les fards bleu turquoise qui débordent, la vulgarité bien rangée dans les soufflets des portefeuilles, les bas résille mauvais marché qui filent avec les dernières illusions, les clodos en guenilles qui quadrillent leur prison à longueur de journée, la pauvreté froissée au fond des poches, les junkies qui errent entre deux shoots, et les bobos qui font leurs courses au marché bio, les zikos qui dépensent leurs pièces jaunes pour la dernière pédale d’effet… et tout le secondaire.

Ici on vous ferait croire au paradis quand ce n’est pas à l’enfer.

J’aime Pigalle avec ses excès, sa beauté, son désespoir, sa crasse et ses dangers, ses instants de grâce, aussi. J’aime Pigalle parce qu’ici c’est le purgatoire, parce qu’on y voit l’humanité dans sa réalité.

Ici c’est le lieu des bannis, alors j’aimerais que l’on cesse de s’étonner que la banlieue s’y sente chez elle.

Et si ça pète à Pigalle, comme on dit, si les bandes rivales s’y affrontent, si la police joue l’apaisement depuis les “événements”, comme ils disent, du mois d’août, parce que cette merde est indécrottable, même au kärcher : est-ce que ça ne voudrait pas simplement dire que c’est à deux doigts de péter partout ?



Quelle Histoire ? Vous pouvez ranger vos cerveaux au placard
septembre 8, 2007, 11:25
Filed under: Non, rien

Depuis que Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir, je me suis abstenue d’écrire à son propos. Je m’efforce juste d’ouvrir grand mes yeux et mes oreilles, et d’observer ce qu’il se passe. J’ai commencé en écoutant très attentivement son discours au soir de sa victoire, cherchant les signes précurseurs du quinquennat dans lequel la France entrait alors.

Je me souviens, n’ayant pas voté pour lui, avoir reconnu qu’il semblait repositionner la France comme un Etat puissant sur l’échiquier mondial. Je me souviens avoir eu un accès de peur panique, vivant au-dessus d’une antenne du Trésor Public, en voyant les CRS positionnés en bas de chez moi dès les résultats proclamés : cette précaution prise un soir d’élection revêtait soudain toute la symbolique de l’état policier que je craignais, et crains toujours.

Je me souviens surtout avoir râlé quand Sarkozy a dit que le temps de la repentance était fini. Que voulait-il donc dire par-là ? Qu’après avoir reconnu ses fautes, la France devait à nouveau aller de l’avant ? Ou, plutôt, qu’après en avoir reconnu quelques-unes, dont certaines du bout des lèvres, “elle” était priée de s’abstenir d’évoquer toutes les autres ?
A vrai dire, on peut déjà dire que la réponse est la seconde. Le procès que Sarkozy a provoqué quand il était Ministre de l’Intérieur, à l’encontre du groupe de rap La Rumeur, tentait de présenter leurs paroles comme diffamatoires : ce qui est grave, c’est qu’ils n’ont fait que rappeler les crimes dont la France s’était rendue coupable en Algérie, dans cette période que l’on n’a toujours pas le droit d’appeler officiellement “guerre”, ainsi que ceux que la police française avait commise en balançant des manifestants maghrébins dans la Seine, ou en battant d’autres à mort. Le procès a toujours lieu, d’appels en appels.

C’est à la liberté d’expression que Sarkozy fait un procès. Mais c’est aussi non pas au devoir, mais au simple droit de mémoire. On en parle très peu et ça me laisse dubitative : Monsieur le Président tente d’interdire à des citoyens le droit de dire tout haut les noms de ceux que la France a mis plus bas que terre, ces faits étant indubitables, prouvés et reconnus par l’histoire.
Mais notre Président fait ce qu’il veut, et ses administrés doivent dire ce qui l’agrée.

A vrai dire, Sarkozy fait sienne la politique de l’autruche.
Il n’y avait qu’à l’entendre relayer les minables excuses que sa femme a données pour ne pas assister à des rencontres officielles (G8, déjeuner chez les Bush) pour constater qu’il les cautionnait.
Il n’y a qu’à l’entendre dire qu’elle n’ira pas s’expliquer devant la commission d’enquête parlementaire qui doit faire la lumière sur les conditions de la libération des infirmières et du médecin bulgares pour savoir qu’il l’encourage à cela.
Il n’y a qu’à lire l’imposture que Yasmina Reza a été par lui autorisée à écrire, après des mois passés (manipulés ?) dans son intimité, pour savoir que c’est lui qui tend ainsi, s’offrant un ‘nègre’ gratis, à faire sa propre autofiction.
Il n’y a enfin qu’à l’écouter décréter que la lettre que Guy Moquet a envoyé à sa famille avant de mourir devra être lue dans toutes les classes à la rentrée pour savoir que la seule vision qu’il souhaite que l’on ait des choses soit celle de l’émotion, ce qui face à l’histoire, relève de la courte vue.

Le secret d’alcôve, le ‘droit à la vie privée’ revendiqué jusque dans les Affaires Etrangères, la biographie romancée, le misérabilisme : ce sont là les seuls devoirs de mémoire qu’il entend (faire) respecter, faisant fi de la repentance comme il dit, faisant se vautrer les citoyens dans la complaisance émotionnelle pour que surtout ils ne pensent pas à aiguiser leur esprit critique et moral quant à l’Histoire.

L’histoire de la France de 2007 à 2012 (et peut-être même au-delà) sera celle qu’un seul homme, ivre de pouvoir, aura décidé de conter. Vous pouvez ranger vos cerveaux au placard.
Ou pas.



La sexualité est un droit, l’orgasme devient un devoir
septembre 2, 2007, 6:31
Filed under: Non, rien, Tu Vas Tous Mourir

Une brève radiophonique entendue ce matin m’informait que l’on fait désormais des injections de Botox au niveau du point G pour amplifier l’orgasme féminin.
Alors que des milliers de femmes sont encore excisées de nos jours, que des millions de femmes n’ont jamais connu et ne connaîtront jamais l’orgasme, que le plaisir féminin n’est pas même considéré comme important par la majorité des êtres humains dans le monde, certaines vont se faire injecter du Botox pour jouir plus fort.
En soi, ceci pourrait se défendre : après tout, on peut comprendre qu’une telle sensation, que dis-je, phénoménale expérience, procure le désir de l’amplifier encore. La gourmandise est rarement raisonnable.
Le petit souci, c’est que cette « avancée scientifique » (ou « opération esthétique » ?) qui pourrait sembler anodine, simplement faire sourire, n’est pas si inconséquente qu’il n’y paraît…
Je repense aux mots entendus récemment lors d’une Théma d’Arte sur « Mahomet et les femmes » : j’y apprenais alors que Mahomet avait établi dans le Coran que la jouissance féminine était un droit.
Nul besoin de revenir en détails sur la Révolution Sexuelle de nos années 60-70, ni sur l’art du Kama-Sutra, on sait bien qu’il a toujours été des régions et des moments du monde où l’on a érigé la jouissance sexuelle au rang d’art accessible à tout un chacun.
Là où l’on a souvent présenté la sexualité, sous quelque forme respectueuse d’autrui qu’elle s’exprimât, comme un droit, l’on présente de plus en plus, et la vogue du porno-chic y est pour quelque chose, l’orgasme comme un devoir. Et c’est là que le vît blesse.
Prendre du Viagra pour lutter contre l’impuissance est une chose, en prendre pour démultiplier son plaisir pourtant naturellement présent en est une autre.
Se faire injecter du Botox au niveau du point G (et pourquoi pas au niveau du clitoris, ce qui arrivera sans doute) pour requinquer un organe défaillant serait une chose, mais l’on n’y a pensé que pour démultiplier un orgasme pré-séant.
A doper notre sexualité comme d’autres se dopent pour des pseudo-exploits sportifs, non seulement on encourage davantage notre tendance à l’insatisfaction permanente, mais en plus on tend à se détacher de notre corps, croyant paradoxalement ce-faisant s’en rapprocher.
L’être humain devient une machine qui actionne ses propres boutons dans de déjà nombreux domaines, agir de même dans la plus animale de nos parts, la sexualité, c’est renier une fois de trop ce qui définit notre condition : l’aléatoire.
Notre prétention nous perdra.